GRAPHIC DESIGN & SPREE ART
Cellocéan
Projet de court-métrage d’animation 2D d’après le scénario de Louise REVOYRE.
Illustrations à la gouache et aux crayons de couleurs.
Recherche Lise Cristiani
Décors
Une salle de théâtre vide, en pleine journée.
Sur la scène, un piano et une toute jeune femme. Elle déambule, seule, dans sa longue robe, s’approche du piano, effleure les touches. Les notes s’égrainent, perdue, dans la salle vide. Des bruits de pas, pesants, tranquilles. Un homme d’une soixantaine d’année la rejoint. Ses yeux sont souriants, bleu vifs sous ses sourcils gris : « tu n’as pas peur, au moins ? ». Les yeux de la jeune fille, bleu clair, le sourcil un peu froncé, hésitants. « Racontes moi grand-père, racontes-moi encore ! »
Cette jeune fille, c’est Lise Cristiani. Et ce soir d’été 1850, à Paris, Lise s’apprête à monter sur scène, première femme violoncelliste professionnelle. Dans le public, en face d’elle un jeune critique reconnu et écouté ne la quitte pas des yeux… Pour surmonter le trac, elle invoque des images, celles que son grand-père lui a dépeintes maintes fois : les lumières et les paysages des grandes steppes orientales qu’il a parcourues dans sa jeunesse. La musique du violoncelle s’élève enfin, pleine, ronde, inspirante, et l’emporte avec elle. Lise revient à la réalité. Face à cette salle parisienne élégante et précieuse, elle est heureuse. Soudain les critiques fusent « quelle inconvenance ! Comment ose-t-elle s’exhiber ainsi !? ».
Le regard de Lise s’assombrit, elle n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. « Oui messieurs, j’écarte les jambes pour y caler mon violoncelle. Ça vous dérange ? » Ils n’ont rien écouté ? Qu’à cela ne tienne. Lise range son stradivarius dans sa caisse de bois. Elle part. Seule. Avec son instrument. Ses grands-parents la confortent : elle mérite davantage que ce public mesquin.
Partout, de la cour allemande à la cour suédoise, elle reçoit honneurs et admiration. Mais est-ce vraiment ce qu’elle cherche ? Attirée vers la lumière du levant, vers les paysages des grandes steppes orientales, elle traverse le continent, dans des voitures tirées par des
chevaux sauvages, où les cris des cochers lui déchirent les oreilles et font bondir son cœur, mais où son violoncelle, le soir venu, résonne au fond de yourtes chaleureuses. Où le thé fume dans la lumière du feu.
Jusqu’à cette traversée de la mer d’Okhotsk, aux confins de la Sibérie… La nuit tombe sur le pont du navire. Les étoiles brillent. Lise range son instrument. Il est
l’heure de regagner les couchettes. Mais le bateau soudain roule sur le côté. Les passagers chutent, se cognent, les cris résonnent : « On a heurté quelque chose ? » . La mer autour est plane et profonde. Un deuxième choc pourtant. Lise se rattrape de justesse. Et un cri : « une baleine ! ». Lise se précipite pour voir. L’immense animal se décolle du bateau. Instant suspendu. La baleine la salue d’un jet d’eau enthousiaste. Lise a compris: tandis que le mastodonte accompagne le navire qui fend l’eau noire, Melle Cristiani ressort son violoncelle. Dans la nuit étoilée, où l’aurore pointe déjà, Lise joue. Les notes s’élèvent.
La baleine, avec elles, se met à chanter. Lise a enfin trouvé écoute à sa mesure.